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[e-med] Médicament innovant à prix variable

E-MED: Médicament innovant à prix variable
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Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous cet article très intéressant...
Carinne Bruneton

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Pharmacia invente le médicament à prix variable

En juillet 2004, le Celebrex baissera de 18 %. Grâce à cette promesse, la
filiale française du laboratoire américain a pu mettre sur le marché son
nouveau produit contre l?arthrose et obtenir son remboursement par la
Sécurité sociale.

Le Monde du 4 janvier 2001

« JE SUIS un industriel comblé : j?ai innové dans la négociation avec la
collectivité et tout le monde y gagne. » Patrice Coissac, cinquante-deux
ans, président du tout nouveau Pharmacia France, vient d?obtenir une
autorisation de mise sur le marché pour son médicament contre l?arthrose,
Celebrex. Rien d?extraordinaire à cela? si ce n?est que la filiale du groupe
américain s?est engagée, à l?avance, à baisser son prix de 18 % en juillet
2004. « L?affaire était difficile à accepter, mais mon produit est sur le
marché, avoue M. Coissac. Cette disposition ne nous choque pas : il faut
rembourser les innovations et, quand elles n?en sont plus, baisser le
prix. »

 C?est la première fois que le Comité économique des produits de santé
(CEPS)annonce, pour un nouveau médicament, une baisse de prix programmée
(publiée au Journal officiel du 9 novembre 2000). Dans le cas du Celebrex,
le premier représentant d?une nouvelle classe thérapeutique, les autorités
de santé craignaient que les volumes n?explosent au point de rendre la
facture très élevée pour la collectivité. Les faits leur donnent raison : au
bout d?un mois et demi de mise sur le marché, Celebrex a connu des pics de
plus de 30 000 unités vendues par jour. La direction de Pharmacia s?
attendait au mieux à 20 000 unités par jour.

Cette nouvelle génération d?anti-inflammatoires présente l?avantage de ne
pas attaquer la muqueuse gastrique. Les produits classiques, deux fois moins
chers, peuvent entraîner des complications digestives graves, comme des
perforations, des ulcères d?estomac et des hémorragies digestives. Ils sont
prescrits en association avec des protecteurs gastriques, ce qui augmente la
facture.

L?innovation Celebrex est issue de Searle, la division pharmaceutique de l?
américain Monsanto, qui a fusionné avec Pharmacia&Upjohn en avril 2000.
Moins d?un an après, le nouvel ensemble, baptisé « Pharmacia », bénéficie d?
un véritable ballon d?oxygène grâce à ce médicament devenu, en quelques
mois, l?anti-inflammatoire le plus prescrit au monde.

Le lancement de Celebrex en février 1999 aux Etats-Unis a battu les records
établis par le Viagra : il a réalisé 1,2 milliard de dollars de ventes sur
les onze mois de 1999 et devrait franchir les 2 milliards de dollars sur l?
année 2000. Ce produit représente déjà un tiers des ventes du groupe, et est
promis au même avenir en France, quatrième marché mondial du médicament.

 FAIRE JURISPRUDENCE

 Encore fallait-il trouver un accord sur le prix de remboursement par la
Sécurité sociale. Dans cette course pour imposer une nouvelle molécule,
Pharmacia France a battu d?une tête le laboratoire américain Merck, qui
dispose d?un médicament de la même famille, le Vioxx. Ce dernier est vendu
en France depuis le mois d?avril, sans remboursement car Merck Sharp and
Dohme (MSD), qui le distribue sur le territoire, n?a pas trouvé d?accord
avec le CEPS.

Merck avait « sollicité » un prix de 9,27 francs par comprimé tandis que
Pharmacia a accepté un prix de départ de 7,70 francs. Désormais, le Celebrex
s?impose comme le médicament de référence. Plus encore, sa méthode de mise
sur le marché devrait faire jurisprudence. Merck, s?il veut obtenir le
remboursement de son produit, devra probablement négocier une baisse de prix
programmée. « Je n?exclus pas que cela se
 reproduise pour d?autres innovations,, souligne Noël Renaudin, le président
du Comité économique des produits de santé, dès lors qu?un médicament ouvre
une nouvelle classe thérapeutique et est appelé à connaître des ventes
importantes ».

 De nombreux laboratoires en France, et notamment les dix premiers groupes
internationaux, estiment, sans vouloir le crier sur les toits, qu?il
faudrait « dérembourser les produits anciens ou baisser leur prix ». Ils
pointent du doigt des médicaments, qui, depuis longtemps amortis, continuent
d?être remboursés alors qu?ils sont dépassés ou  que leur efficacité n?est
plus avérée.

 Ces laboratoires, parmi les plus innovants de la planète, voudraient que ne
soient plus remboursés ces produits anciens de façon que leurs innovations
puissent être rémunérées correctement. Chaque année, les pouvoirs publics
établissent une enveloppe de dépenses de santé planifiée sur l?année (Ondam
ou objectif national de dépenses d?assurance maladies). Pour 2001, cette
enveloppe ne doit pas augmenter de
 plus de 3,5 % (à hauteur de 693,3 milliards de francs pour l?ensemble des
soins et biens médicaux), ce qui ne permet qu?une introduction au
compte-gouttes des nouveautés sur le marché français.

 Un autre facteur contribue à ce que les innovations piétinent aux
frontières de France. Les laboratoires hésitent à introduire dans l?Hexagone
des médicaments dont le prix, fixé trop bas, va déséquilibrer les autres
marchés européens. Les prix pratiqués en France sont inférieurs de 20 % à
ceux constatés en Allemagne et au Royaume-Uni. Il n?est pas rare de voir des
grossistes britanniques commander un médicament en France pour
approvisionner leurs clients en Grande-Bretagne. Ils ont le droit de le
faire, depuis les accords de Schengen, mais ni le système de santé ni le
patient ne bénéficient de l?économie réalisée.

 A l?inverse, les pays du Sud, pays à prix administrés comme la France,
négocient à la baisse le prix de leur médicament si le prix affiché dans l?
Hexagone est par trop différent du leur. Certains laboratoires retardent
alors la commercialisation de leur nouveauté ou la lancent hors
remboursement, ce qui leur laisse tout loisir d?en fixer eux-mêmes le prix.

En inventant une variabilité du prix des produits, particulièrement sous
brevet, le CEPS espère concilier les intérêts du plus grand nombre : gérer
les dépenses de santé en « bon père de famille » tout en envoyant un signal
aux industriels les plus innovants.

 Le prix qu?il propose, dans le cas du Celebrex, n?est pas trop éloigné des
montants pratiqués dans le reste de l?Europe. Il est susceptible de
rémunérer la recherche du laboratoire « pendant une durée raisonnable »,
selon M. Renaudin. Trois ans et huit mois après son inscription au Journal
officiel, le prix baissera, « quoi qu?il arrive sur le volume des ventes »,
a-t-il précisé.

 L?affaire est habile au moment où un grand nombre d?innovations doivent
arriver sur le marché, par le double jeu des récentes découvertes sur le
génome humain et de la chute de brevets de toute une génération de
médicaments. « Nous voulons bien que les produits nouveaux arrivent sur le
marché, mais nous ne sommes plus prêts à attendre  quinze ans et la chute
des brevets pour voir leur prix baisser », souligne Noël Renaudin.

 Véronique Lorelle

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