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[e-med] Traitement contre les morsures de serpents en Afrique

E-MED: Traitement contre les morsures de serpents en Afrique
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Fiches scientifiques de l'IRD
Fiche 122
http://www.ird.fr/fr/inst/actualites/fiches/2000/fact_122.shtml

Octobre 2000


Un nouveau traitement contre les morsures de serpents en Afrique

Les morsures de serpents constituent un important problème de santé publique
en Afrique. Chaque année, un million de personnes sont mordues et 20 000
décèdent des suites d'une envenimation sur ce continent. Aventis Pasteur a
récemment commercialisé un nouveau produit, l'antivenin FAV-Afrique?, qui a
fait l'objet d'un essai clinique au Cameroun par des chercheurs de
l'Institut de recherche pour le développement (IRD, ex-Orstom). L'antivenin
s'est révélé efficace et remarquablement bien toléré par les patients. Il
reste cependant à rendre accessible ce traitement aux populations rurales
d'Afrique, souvent peu solvables et qui ne bénéficient pas toujours
d'infrastructures sanitaires de proximité..

Chaque année, un million de personnes sont mordues par des serpents en
Afrique et un peu plus de la moitié des morsures sont suivies
d'envenimations. Ces accidents qui provoquent environ 20 000 décès par an
constituent un véritable problème de santé publique. Les morsures de
serpents représentent l'un des principaux motifs de consultation dans les
dispensaires de brousse et une cause majeure d'évacuation des malades vers
les centres de réanimation. Deux familles ophidiennes sont à l'origine de la
majorité de ces morsures : les Elapidae (cobras et mambas) et les Viperidae
(vipères). Les travailleurs agricoles représentent 85 % des victimes, tout
particulièrement dans les plantations. Une étude en Côte d'Ivoire a par
exemple montré que les morsures de serpents sont 5 à 10 fois plus fréquentes
dans les bananeraies que dans la brousse environnante.

Les sérums antivenimeux soignent efficacement les envenimations. Cependant,
ils peuvent provoquer des effets secondaires (réactions allergiques
notamment), observés, dans certains cas, chez 30 % des personnes traitées.
Aventis Pasteur a de ce fait développé de nouvelles méthodes de purification
améliorant la tolérance et l'efficacité des antivenins classiques et a ainsi
pu mettre au point - FAV-Afrique? - composé de fragments d'immunoglobulines
équines antivenimeuses hautement purifiés et pasteurisés. La pasteurisation
renforce la sécurité du produit car elle permet d'éliminer d'éventuels
microorganismes contaminants. La tolérance à cet antivenin et son efficacité
ont fait l'objet d'un essai clinique mené par des chercheurs de l'IRD dans
deux hôpitaux du Nord Cameroun. La totalité des patients présentant des
symptômes d'envenimation auxquels ont été injectés de 20 à 120 ml de sérum
par voie intraveineuse a été guérie. Aucun d'entre eux n'a souffert d'effets
secondaires et 4 % seulement ont eu des réactions immédiates bénignes
(céphalées et induration superficielle au site de l'injection). Ils ont pu
quitter l'hôpital six jours en moyenne après le traitement.

FAV-Afrique? présente l'avantage d'être polyvalent. Aventis Pasteur a en
effet élargi la composition de l'antivenin de façon à ce qu'il soit efficace
contre les espèces de serpents africains les plus dangereuses : cobra
(Naja), mamba (Dendroaspis), vipères (Bitis, Echis, ...), etc. Du fait de
son innocuité, il peut être utilisé de façon précoce dès l'apparition des
premiers symptômes. Enfin, un protocole thérapeutique simple a été défini
pour qu'il puisse être administré dans des dispensaires faiblement équipés
et au personnel peu nombreux.

Le nouvel antivenin constitue sans nul doute un progrès dans le traitement
des envenimations ophidiennes en Afrique. Il reste cependant à assurer sa
diffusion dans les régions rurales où, actuellement, seuls 10 % des cas
d'envenimation sont traités. Au regard de la fréquence des morsures, les
besoins s'élèveraient à 2 millions environ d'ampoules par an alors que les
ventes de sérums antivenimeux aux centres de soins dépassent rarement 100
000 unités. Pourquoi de tels chiffres ? Parmi les principales raisons
avancées : le coût élevé des antivenins (le prix d'une ampoule équivaut au
revenu mensuel moyen d'une famille de paysans), le recours relativement
fréquent à la médecine traditionnelle (une origine surnaturelle est souvent
attribuée aux morsures de serpent), les difficultés d'accès aux centres de
soins, une méconnaissance de la part du personnel soignant du traitement des
envenimations et de l'utilisation de l'immunothérapie... Face à ces
obstacles, les chercheurs préconisent la mise en place d'un système de
financement spécifique qui rendrait les antivenins accessibles aux
populations souvent démunies. Ils recommandent également des campagnes
d'information auprès du grand public et la mise en place de programmes de
formation des médecins. La création prochaine à Cotonou (Bénin) d'un centre
antipoison destiné à favoriser l'accès aux soins, la formation des
personnels soignants et la diffusion de l'information constituera un atout
dans la lutte contre les envenimations ophidiennes.


Morsures de serpents et envenimations dans le monde
Dans le monde, le nombre annuel de morsures de serpents dépasse 5 millions,
dont 4 millions en Asie, 1 million en Afrique, 350 000 dans les Amériques.
La moitié est suivie d'envenimation. On compte environ 125 000 décès par an
(100 000 en Asie, 20 000 en Afrique, 5 000 dans les Amériques).
En Europe, au Proche Orient, en Océanie et en Australie moins de 350 décès
sont recensés chaque année. Des séquelles graves surviennent chez 100 000
patients dans le monde. Ce sont dans les pays où les serpents sont les plus
abondants et les espèces les plus venimeuses que la disponibilité en
antivenins est la plus faible.




POUR EN SAVOIR PLUS

Contacter
Jean-Philippe Chippaux, IRD Sénégal,
tél. 00 221 849 3553,
fax 00 221 832 4307,
e-mail : chippaux@ird.sn,
Site web :http://www.mpl.ird.fr/serpents/


Bibliographie

J.-P. Chippaux, J. Lang, S. Amadi-Eddine, P. Fagot and V. Le Mener "
Treatment of snake envenomations by a new polyvalent antivenom composed of
highly purifies F(ab1) : results of a clinical trial in Norther Cameroon ",
American Journal of Tropical Medecine and Hygiene, 62(3), 2000.

J.-P. Chippaux " Prevention of Snake Bites and management of envenomations
in Africa ", African Newsletter on Health and Safety, 2000.

J.-P. Chippaux, Les serpents d'Afrique occidentale et centrale, Paris, IRD
éditions, 1999, 280 p. (cartes, dessins et photos, index et bibliographie).

J.-P. Chippaux " Snakes bites : appraisal of the global situation " Bulletin
of World Health Organization, (76) 1998.

Indigo Base


Claire Lissalde
Tél. : 01 48 03 78 99
e-mail : lissalde@paris.ird.fr



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