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E-MED: Importations parallèles

E-MED: Importations parallèles


Libération d'aujourd'hui publie un article sur les importations parallèles
en Europe. On en tire l'information qu'elles représentent moins de 1,5 % du
marché européen des médicaments. Ce qui fait tout de même presque 6
milliards de francs.

http://www.liberation.fr/quotidien/semaine/981223merw.html
EURO     La monnaie unique bouscule le marché du médicament 
      Les importations parallèles vont encore s'accroître. 
                Par JACQUELINE COIGNARD
                Le mercredi 23 décembre 1998 



 «La monnaie unique  pousse à une  convergence accrue  des prix et à une
harmonisation des  politiques de santé.»   Gilles Moriset,  directeur des
prix  chez Sanofi        our un peu, les laboratoires pharmaceutiques
parleraient de     contrebande de médicaments. «Les importations parallèles
sont   la plaie de notre métier», s'énerve régulièrement Jean-François
Dehecq, patron de Sanofi, faisant référence à un phénomène qui   risque de
redoubler d'intensité avec l'arrivée de l'euro: certains   grossistes
jouent
sur les très fortes différences de prix d'un pays à   l'autre, et vont, par
exemple, chercher leur boîtes de comprimés en   Espagne pour les revendre
au
Danemark. Compte tenu de la   particularité de leur business, les
laboratoires évoluent en effet dans   un système dual: les prix sont
contrôlés (la plupart des Etats membres,   jaloux de leurs prérogatives en
matière de politique de santé, fixent les   prix des médicaments et les
taux
de remboursement); les   médicaments peuvent circuler librement, pour peu
qu'ils aient reçu une   autorisation de mise sur le marché dans les
différents pays. 
  Pour les grossistes, le jeu du saute-frontières peut se révéler juteux.
Une récente étude du Snip (Syndicat national de l'industrie
pharmaceutique) sur les prix de 130 médicaments commercialisés en   Europe
montre qu'en Grèce, les prix payés aux laboratoires sont en   moyenne
inférieurs de 60 % à ceux pratiqués en Allemagne ou en   Grande-Bretagne
(1). En France, les tarifs sont légèrement inférieurs   à la moyenne
européenne, soit quelque 30 % plus élevés qu'en Grèce.   «Un grossiste
désireux de se lancer dans ce genre de commerce a   juste besoin de
demander
l'autorisation du pays où sera   commercialisé le produit et de payer une
licence d'importation   qui s'élève à environ 1 600 dollars par an»,
précise
Gilles Moriset,   directeur des prix internationaux chez Sanofi. 
  Une France épargnée. Compte tenu de sa position médiane, la   France est
relativement peu touchée par le phénomène, car la   différence de prix
n'est
pas toujours suffisamment significative pour   couvrir l'ensemble des
frais:
transport, mais aussi parfois repackaging,   traduction des notices...
«Actuellement, les importations parallèles   sont évaluées à moins de 6
milliards de francs sur un marché de   400 milliards, soit moins de 1,5
%!»,
explique Jacques Pichot,   responsable du «dossier euro» chez Sanofi. Mais,
pour certains pays,   ces flux représentent déjà des volumes importants: 14
% aux   Pays-Bas, 11 % au Danemark, 7 % en Grande-Bretagne... 
  Avec l'euro, les différences vont devenir à la fois flagrantes, fixes et
définitives. Certes, le grossiste n'aura plus l'opportunité de profiter des
dévaluations brutales de certaines monnaies. Mais il pourra planifier et
donc organiser à long terme des circuits de vente parallèle. Ce qui
inquiète les patrons de laboratoires, qui risquent de voir fondre leurs
marges. «Comment, dès lors, financer les énormes frais de   recherche
engagés dans la mise au point de produits   nouveaux?», interroge Jacques
Pichot. Les laboratoires disposent de   quelques moyens pour freiner ce
genre de commerce, estime, pour sa   part, le consultant Georges
Chetochine.
D'une part, en adaptant leurs   produits à chaque marché (nom et
présentations différents...), ce qui   ne va pas vraiment dans le sens de
l'histoire et induit aussi des coûts   supplémentaires. D'autre part, en
essayant de faire la police entre   leurs filiales. «Le patron de la
filiale
néerlandaise peut remonter   les bretelles de son confrère espagnol»,
suggère Georges   Chetochine. Encore faut-il pouvoir opposer un refus de
vente au   grossiste espagnol... 
  Harmonisation. «La monnaie unique pousse à une convergence   accrue des
prix et à une harmonisation des politiques de santé»,   estime Gilles
Moriset, reflétant une opinion très répandue dans le   milieu. Sous l'égide
du commissaire européen à l'industrie, Martin   Bangeman, Bruxelles mène,
depuis deux ans, une réflexion avec les   industriels. Il s'agit de
«proposer des étapes permettant de   résoudre le conflit entre des prix
réglementés et la libre   circulation des biens, sans diminuer les
compétences nationales   en termes de prix et de remboursement
pharmaceutiques».   Jusque-là, chaque Etat s'est bricolé son système de
santé et son mode   de relations - souvent conflictuelles - avec
l'industrie
du médicament.   Les particularismes sont tels qu'ils rendent les
comparaisons difficiles.   Même dans les pays où les prix sont libres,
comme
en Allemagne,   l'Etat dispose de l'arme du remboursement: pour un
médicament, le   montant du remboursement est fixé en fonction de la
moyenne
des   prix des produits de la même classe thérapeutique. Sauf à privilégier
un concurrent, le laboratoire doit s'aligner. «L'Italie nous invente un
système par jour. En ce moment, le prix d'un nouveau   médicament doit
correspondre à la moyenne des tarifs dans   quatre pays européens dont au
moins deux pays à système de   prix administrés», ironise Gilles Moriset. 
  Basculement en 2002. Comparé à ce vaste chantier de   l'harmonisation, ou
au casse-tête des fusions vécues par nombre de   laboratoires (les trois
principaux français), le passage technique à   l'euro relèverait presque de
l'anecdote pour les entreprises. Le   médicament est pourtant inséré dans
une chaîne complexe: industriels,   pharmaciens, Sécurité sociale... La
vignette en deux monnaies devrait   entrer dans les murs le 1er avril 1999;
le code-barres en euros et en   francs un an plus tard, pour laisser aux
pharmaciens le temps de   changer leur douchette de lecture; et, en 2002,
tout le monde devrait   être au point pour le basculement total. 
  (1) L'Union est grosso modo partagée entre les pays du Nord, où les  
prix
sont libres (Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne...), et ceux   du Sud, où
les prix sont administrés (France, Grèce, Espagne,   Italie...). 


Jerome Dumoulin
Institut de Recherche Economique sur la Production et le Developpement
Universite Pierre Mendes France
BP 47
F-38040 GRENOBLE Cedex 09
tel 33 4 76 82 54 50
fax 33 4 76 82 59 89
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